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Par rapport à une croissance dont on guette anxieusement le moindre frémissement, nos responsables ne sont pas loin de reprendre la formule de François Mitterrand disant, déjà en 1993, que pour le chômage « …on a tout essayé » ; Mrs Thatcher, un peu plus tard, affirmait elle-même : « il n’y a pas d’alternative à la rigueur ». Et pourtant, contre l’asthénie économique ambiante d’aujourd’hui, il est une voie qu'on se garde le plus souvent d’ explorer : celle du protectionnisme.
Celle-ci interroge sinon, tout simplement, effraye. Le protectionnisme, dans notre monde toujours plus intégré, ce serait, dit-on, l'abomination économique. Il reviendrait à se tirer une balle dans le pied et à aller vers le repliement fatal ; outre les inévitables représailles, on en sentirait très vite le prix, dans la mesure où le contenu en importations représente aujourd'hui 40% de la valeur des exportations contre 20% seulement il y a 20 ans. Les processus de fabrication sont toujours plus fragmentés sur la base d'assemblages de composants venus souvent du monde entier, cela dans des branches de plus en plus nombreuses, de l'informatique (l'i-Phone d'Apple) aux avions supersoniques (les 28000 fournisseurs du Dreamliner américain).
Pour autant, le protectionnisme ne mérite ni opprobre ni déni. Il est à la base de beaux succès au XIXème siècle (Prusse et États-Unis) mais aussi au XXème (Chine) et, depuis la crise financière, il progresse rapidement : selon l’OMC, on a enregistré 340 mesures de ce type en 2011 contre seulement 220 l’année précédente. De plus, le libre-échange s’il a ses avantages a aussi ses faces sombres : il contribue à épuiser les ressources naturelles de la planète et, surtout, il nourrit la déflation salariale qui sanctionne la mise en concurrence de nos travailleurs avec ceux d’autres pays dont le salaire est beaucoup plus bas.
Le livre analyse ensuite les différents projets qui donneraient plus de place à une orientation protectionniste de la politique commerciale. Il critique la référence à un protectionnisme « européen » dont aucun de nos partenaires ne veut ou, celle de l’échange « juste » fondé sur les « écluses tarifaires » bien improbables. Pour la finance, le feu continue à couver sous la cendre et justifie aussi, une reprise en mains vigoureuse dont l’esprit se rapproche du protectionnisme. Sans préconiser, d’aucune façon, des murailles de Chine pour les biens et services ou un contrôle des changes pour les